| |
Un
journaliste financier de la vie Financière parle des forums...
Forums boursiers:
info ou intox?
La Vie Financière du
6/10/2006 par Eric Dadier.
L’extrême liberté qui règne sur le Web
fait que le meilleur et le pire s’y côtoient. Les forums de discussion sur les
marchés et les valeurs sont devenus peu fréquentables, pollués, dévoyés. Mais
personne n’ose faire le ménage.
Toute médaille a son revers. Grâce à
Internet, chacun peut suivre aujourd’hui en temps presque réel et bien au chaud
chez soi les cours de Bourse du monde entier, passer des ordres, s’informer,
naviguer d’un site à l’autre, s’exprimer, dialoguer en toute liberté. L’accès
instantané et quais gratuit de tous à l’information a représenté un formidable
progrès, censé contribuer à améliorer la transparence.
C’est indéniable: les
investisseurs particuliers sont désormais mieux outillés pour prendre des
décisions rationnelles et optimiser leurs choix. Mais l’abondance et la
prolifération des informations colportées par Internet rendent plus difficile le
processus de fiabilisation de ces informations, surtout qu’elles ne comportent
ni source, ni date. N’importe qui peut être à la fois victime et vecteur, même
en toute bonne foi, d’informations fausses ou de désinformation. Autrement dit,
l’extrême liberté qui règne sur le Web fait que le meilleur et le pire s’y
côtoient. Distinguer le vrai du faux, vérifier que les sources sont fiables,
quand elles existent, ou que le contenu d’un document n’a pas été
intentionnellement altéré, autant d’exercices délicats qui demandent du temps et
de la patience. Or les internautes sont trop pressés pour prendre la peine de
contrôler la qualité de tout ce qu’ils absorbent. Bombardés d’informations
rarement pertinentes, ils vivent en permanence entre vérité et mensonge. Donc
dangereusement.
Entre médiocrité et malveillance.
Les dérapages
les plus redoutables peuvent être constatés sur les forums boursiers, qui ont
pourtant, à priori, tout pour plaire. Leur principal mérite est de faciliter les
échanges d’informations et d’idées. Ces espaces de liberté peu ou mal contrôlés
sont malheureusement devenus des lieux peu fréquentables, pollués dévoyés.
Passons sur la manière dont la plupart des messages sont rédigés, sans aucun
respect de la grammaire et de l’orthographe. De quoi horrifier les associations
de défense de la langue française! Plus grave est le fait qu’un certain nombre
de membres actifs de ces forums n’hésitent pas à s’injurier entre eux ou à se
répandre en invectives contre tel groupe ou tel dirigeant, simplement parce que
l’évolution du cours ne correspond pas à leur souhait.. Le titre est alors
systématiquement qualifié de « daube », ce qui, on en conviendra, ne contribue
pas à élever le débat
Si la forme laisse sérieusement à désirer, le fond
est rarement plus ragoûtant. Au lieu d’y découvrir des informations originales,
des dialogues sérieux et constructifs entre membres ou même des critiques
étayées et bien senties, destinées à titiller les dirigeants de groupes cotés
les plus contestés, le visiteur d’un forum est vite frappé par la pauvreté et la
faible valeur ajoutée du contenu et des arguments fournis. C’est aussi le règne
du chacun-pour-soi.
La plupart des formistes
n’interviennent que dans l’espoir de servir d’abord leur intérêt personnel, en
cherchant à profiter de la naïveté des autres. On ne s’étonnera pas que les
valeurs dont la volatilité est la plus forte soient les plus exposées aux
rumeurs, aux informations « bidonnées », aux manipulations de cours ou aux
opérations d’intoxication. On ne s’étonnera pas davantage que les forums
boursiers, très peu fréquentés par les investisseurs à long terme - ils ont de
bonnes raisons de s’en méfier -, soient en revanche presque exclusivement animés
par des opérateurs à court terme et autres day traders, qui n’ont qu’un objectif
en tête: réaliser des plus-values le plus rapidement possible. Pour eux, tous
les moyens sont bons pour y parvenir.
Mais leur impatience les
pousse soit à l’excès, soit au ridicule. Par exemple, quand un vendeur à
découvert, agite le spectre de la peur en affirmant le plus sérieusement du
monde que tel ou tel titre n’a pas fini de plonger, sans apporter le moindre
élément pour étayer sa prévision; ou encore, quand ceux qui s’adonnent à
l’analyse technique sans en connaître les surdiplômés ont le culot d’assortir
leur diagnostic vaseux de recommandations et d’objectifs de cours conformes,
comme par hasard, à leur désir. On le voit, les forums ne sont guère plus
crédibles. Un grand ménage devrait s’imposer. Mais personne n’ose sortir le
balai.
La Vie
Financiere.
|